1 – « Retour vers le futur »
Une assemblée générale relève souvent d’une pratique marine… Nous venons de «faire le point», et c’était bien nécessaire tant cette année écoulée a été riche d’animations, de cheminements nouveaux, de rencontres et maintenant d’une surabondance de projets. Si nous nous retournons sur le passé récent de notre association c’est avec plaisir que nous constatons que notre frêle esquif à nouveau bien à flot, a recouvré toutes sa mature et qu’il peut déployer abondance de voilure… sous des vents favorables. Voici venu le moment, attelés dans divers groupes de travail de faire bouger tous nos projets. Bon courage à tous.
2 – Bienvenue à vous qui passez nous voir!
Ouvrez, ouvrez donc notre fenêtre, et jetez un œil sur nos images. Une invitation à entrer dans la ronde… Le pari est de taille et on voudrait instaurer comme un dialogue, un lien qui anime toutes nos aventures photographiques et nous permettent de les partager. Si une image s’est fait pour être vu il est nécessaire d’assurer un écho, un retour.
Une expression sans retour épuise, un échange fait grandir. Alors bienvenue à vous tous. Même si nous sommes encore un peu en chantier!
3 – B a BA!
Si vous avez la curiosité d’aller fouiller du côté de l’atelier photo vous avez découvert une curieuse rubrique: « lecture d’image » avec des grilles successives d’analyse d’image… bizarre…
C’est que nous avons l’outrecuidance ensemble d’apprendre ou plus modestement de ré apprendre à LIRE une image si tant est qu’une image se donne d’abord à voir et prosaïquement et seulement dans ce qu’elle donne à voir elle délivrera un message. Les publicitaires le savent et utilisent efficacement cette puissance du voir… Rien ne nous interdit de nous emparer de ce pouvoir encore faut-il nous astreindre à force de regards conscients à connaître les images et forts de notre savoir voir le plaisir de nos yeux n’en sera que décuplé…
4 – Dans La nuit, La Lumière!
Nos propres histoires rejoignent parfois au plus profond la sombre tradition celtique des mois noirs enveloppés d’un rien de froidure… Tout ça résonne comme un air de cantique à moins que, à leur tour, tout simplement nos yeux amusés se laissent prendre un petit instant aux lumières de la fête, lucioles jetées au creux de notre nuit. Voici venu le temps de saisir en image les yeux des petits comme des grands, tout habillés d’étoiles… Qu’en ces jours de fête une grande paix vous soit donnée en abondance et bien sûr une belle moisson d’images de lumière. Dans la nuit, la lumière!
5 – Au gui, l’an neuf!
La ritournelle est de circonstance, sortilège fortement teinté de rite druidique sous le tranchant de quelque serpe d’or! Issu du plus lointain des temps De la Grèce antique aux sombres forêts celtiques le gui mystérieux laisse comme un effluve de bonheur. Ses boules opalescentes accrochent la faible lueur de l’hiver pour lui donner des allures pérennes pour illuminer tous les projets qui naissent au seuil d’une année nouvelle, projets personnels, projets communs… Alors que les dernières feuilles de l’agenda vont s’envoler, Puisse l’année qui s’en vient les voir s’épanouir pour notre plus grande joie. Souhaitons-nous abondance de lumière qui fasse briller nos regards et naître des images par milliers!
A toutes et à tous paix et bonheur. .
6 – Juste pour voir!
Au terme de bien des considérations, arrive toujours la question fatidique: photographier pour quoi ou pourquoi?
ÉLÉMENTAIRE!
Je photographie pour MONTRER, pour donner à voir.
D’aucun petit futés diront plutôt: pour se souvenir, ou le plaisir … mais au bout du raisonnement on arrive toujours au comment: en donnant à voir.
Bien sûr se pose tout doucement le rapport au réel, image et réalité.
En créant une image photographique le photographe à choisi: d’une part une partie de ce qu’il voyait et d’autre part à un instant donné.
Ceci étant On va pouvoir se demander comment et pour quelles raisons avouables ou non…
Mais comme une question première et incontournable et très précise , réfugiée à la limite du conscient, une question:
QU’EST-CE QUE JE VEUX DONNER à VOIR?
Juste pour voir!
7 – Fabriqué!
Une image fût-elle photographique est toujours un objet fabriqué.
Quand bien même on aurait confié à quelques algorithmes sophistiqué l’élaboration d’un objet iconique à fort coefficient sémantique ça reste toujours un objet fabriqué par la main de l’homme qui y a mis au moins un doigt… quoique. Bref sérieusement et simplement une image photographique est d’abord un objet fabriqué par des moyens qu’il convient de repérer, de tracer dit-on maintenant. Nos intentions avouées sont d’en prendre conscience, peu à peu de les prendre en main avec la ferme intention au bout du chemin de maitriser le message.
A défaut d’appareil photographique, le crayon, le pinceau voire le burin rempliront le même office … Qu’importe la technique mise en œuvre pourvu que naisse l’image.
Peut-être même que le poète à force de mots fera sourdre d’autres images… subtiles
8 – Écoute, voir!
Limage dans sa grande puissance sollicite tous les sens… En ouverture de son livre: Vie et mort de l’image« Régis Debray raconte:
Un empereur chinois demanda un jour au premier peintre de sa cour d’effacer la cascade qu’il avait peinte à fresque sur le mur du palais parce que le bruit de l’eau l’empêchait de dormir.
L’anecdote nous charme, nous qui croyons au silence des fresques. Et nous inquiète vaguement.
Sa logique nous nargue, et pourtant ce merveilleux réveille au fond de nous une suspicion assoupie : comme une histoire intime moins perdue qu’oubliée, menaçante encore. Mais de si loin. La Chine, après tout, l’Autre de l’Occident… Ces insomnies ne sont pas de chez nous.
Mais de qui nous vient ce conseil : « Il fait grand bien aux fiévreux de voir des peintures représentant fontaines, rivières et cascades.
Nous voici bien perplexe… Avec le temps d’autres histoires nous viendront. L’image serait-elle si redoutable?
À suivre!
9 – Silence! On regarde!
Un réalisateur que l’on félicitait pour la grande qualité de son documentaire fût, les jours derniers invité à s’en expliquer. Sa première réponse me plongea dans la perplexité: Je fais de belles images! Mais qu’est-ce donc qu’une « belle image »?
Sa deuxième réponse me fit désespérément écarquiller des oreilles…
« Une belle image c’est une image qui parle »!et d’ajouter une image n’est pas faite pour montrer des couleurs et des lignes!!!
Objection votre honneur
Mais si! ô combien! Et c’est prosaïquement en utilisant lignes, couleurs et autres ingrédients formels qu’une image nous permet d’enrichir notre intelligence, de faire naître des émotions et de provoquer une parole … mais ce n’est pas l’image qui parle c’est moi qui voyant ce que je vois me mais à dire ce que je découvre, ce que je ressens.
En un mot comme en cent : Silence! On regarde!
10 – Le Sentiment de la lumière!
« La théorie de la photographie s’apprend en une heure, la pratique de la photographie en une journée, ce qui ne s’apprend pas c’est le sentiment de la lumière, ce qui s’apprend, c’est l’intelligence morale de votre sujet… »
Gaspard Félix Tournachon, en 1890.
L’ami Nadar est un peu abrupte à sa manière.
Au moment où plusieurs d’entre nous plonge dans les délices du Studio il est important de garder à l’esprit l’essentiel de ce que nous rappelle Nadar :
La technique imposante n’est pas première mais la LUMIÈRE! Si le sentiment de la lumière ne s’apprend pas c’est une fréquentation têtue de celle-ci qui nous permettra de l’apprivoiser et notons l’importance de la relation au SUJET,
Affaire à suivre!
11 – Trilogie!
Alors que tous ces jours-ci nous brassons force images en raison d’expo, concours ou autres rencontres… il peut être intéressant de bien tenir en main un petit outil du genre « passe-partout » qui nous donnera le moyen d’assurer notre regard avant de risquer une parole pertinente…
Comme on prend une loupe pour observer un détail, ou une paire de jumelles pour voir plus loin, voici un petit outil pour bien prendre en main nos images, TOUTES nos images.
En 3 temps
1 qu’est-ce qui me captive.mon regard est attiré immédiatement par quoi?
2 et alors ? Où va mon regard, pourquoi?
3 qu’ai-je alors compris, ou qu’est-ce que je ressens?
Ayant utilisé des mots aussi précis et juste que possible alors seulement je peux dire « j’aime, ou non…
Je peux prendre la parole… je sais de quoi je parlerai… important non?
12 – Comme un tailleur de pierre…
Pour faire écho à un échange des jours derniers…
Parce que le regard est immédiat et furtif, pour l’éduquer il faut le prendre à son propre jeu.
Sans doute est-il nécessaire avec une image démonstrative de bien repérer par exemple une construction sur l’oblique, on prend le temps puis une succession rapide d’images construite d’une manière proche assure le repérage d’une telle construction dans ces variétés sans insister. Et surtout en ne mentionnant pas les autres éléments…
A la manière du tailleur de pierre qui va tracer sur son énorme bloc une dérisoire marque qu’il va piqueter tout doucement puis revenir 10 fois 20 fois… sur les même points jusqu’à entendre le «tac» final où la pierre s’est rendue… partagée.
L’imprégnation est un chemin pour l’éducation du regard mais une imprégnation ordonnée dans un foisonnement d’images somme toute très contemporain!
13 – A contre-pied!
Après une patiente imprégnation de dix, vingt images construites autour d’un élément formel fort,
Par exemple sur l’horizontale placer quelques images construites sur la verticale l’effet est garanti… enfoncez le clou en concluant avec des images construites sur des « croisées », ou combinaisons horizontale et verticale… Quelque temps plus tard faites une opération en jouant autour de plongée contre-plongée. Les combinaisons peuvent être multiples. Elles construisent à force de répétition la sûreté du regard, au grand bénéfice de prises de vues ultérieurs.
14 – Subito, immédiatement!
La force des images c’est l’immédiateté de leur perception. Leur puissance de communication tient à la prégnance de leurs éléments en petit nombre. Ce premier objectif atteint le photographe aura peut-être assemblé plusieurs éléments qui dans la phase contemplation viendrons enrichir la première impression avec le risque de la ternir. Si les gros plans et autres plans rapprochés ont des propos visuels limités leur composition nécessite beaucoup de rigueur…
La force d’une image tient non dans le raisonnement qu’il faut développer pour la comprendre mais dans l’évidence de ce qu’elle donne à voir.
15 – Point de vue!
L’expression prête à confusion quoique!
Lorsqu’on parle de point de vue photographique on va employer un mot « aquatique »: Plongée, si le regard se baisse sur le sujet, ou contre-plongée si nous levons le regard vers le sujet. Ces deux regards ne sont pas neutres. Ils engendrent une émotion, un sentiment plutôt dominateur dans le premier cas. Dans le second le sujet se voit magnifié… Alors en s’étendant un peu sur la question ne peut-on pas confondre point de vue avec l’opinion que l’on a sur le sujet. et ce n’est jamais indifférent à tel point que combiné avec focale et distance le regard n’est jamais si peu objectif qu’en cette circonstance.
16 – A votre avis, à votre bon cœur!
On se retrouve à décliner le « point de vue » que l’on a sur nos précieuses images et cette fois c’est plus délicat… Juger de la qualité d’une image n’est pas simple, que ce soit pour un concours que ce soit tout simplement pour faire un choix.
Là encore il sera possible de prendre trois repères : d’abord une maîtrise technique de base ensuite la composition de l’image enfin le traitement du sujet. Il sera pertinent de coiffer le tout d’une once d’émotion.
Mais il convient de se souvenir que nous percevons les images à travers le filtre intérieur de notre propre histoire, regard très personnel voire unique. Le refuser c’est développer un autre regard tout aussi partiel et partial.
Il faudra bien garder présent au chevet de nos jugements que le seul élément objectif dans la prise de vue c’est l’optique de nos savantes machines.
Quoique!
17 – Plein cadre!
Une vieille pratique pour se donner quelques assurances au moment fatidique : d’un coup d’œil rapide mais concentré, faire le tour du cadre pour bien vérifier que chaque chose est bien à sa place. Discret mais pourtant essentiel, le cadre est le premier élément formel qui concrétise la vision de l’artiste, qui délimite précisément le champ, ce qui est donné à voir, qui détermine le terrain de jeu immédiat pour le regard. Si le sujet se déploie dans ces limites, il peu tout aussi bien s’appuyer sur ces mêmes limites comme pour rebondir, revenir au cœur de la vision…
Avoir une conscience claire du cadre c’est une assurance de bonne fin dans l’acte de création de l’image.
Mais me direz-vous… il y a aussi le hors champ! Certes, mais c’est une autre histoire qu’il nous faudra conter une autre fois.
Alors à vos cadres!
18 – Lumière sur lumière, galère!
Comme une incantation pour se souvenir longtemps qu’on ne photographie jamais de la lumière avec de la lumière.
Pour vérifier: un moment de contemplation devant un beau feu de bûches dans la cheminée… A l’évidence le jeu des flammes et flammèches vaut bien un cliché qui fera longtemps chaud au cœur par inadvertance ou ignorance, voici qu’un flash maléfique ajoute sa lumière intempestive au spectacle donnant une image bizarre venue d’ailleurs… plus rien à voir à moins que l’on préfère la beauté obscure des bûches carbonisées où ne subsiste que quelques lueurs rougeoyantes dans les ombres oubliées ici ou là…. Un vitrail rayonnant sous les ardeurs solaires et voici qu’un flash l’éteint réduit à la beauté poussiéreuse des plombs, fils de fer et autres toiles d’araignées… Une brassée de cierges et voici qu’il n’en restera que quelques lumignons souvent sans flamme… Si quelques traces subsistent du feu d’artifice c’est bien grâce à une heureuse concordance des temps. Il en sera de même pour cueillir quelques images de monuments illuminés… La tour Eiffel peut dormir tranquille.
À suivre!
19 – Lumière sur lumière, galère! suite…
Pour suivre notre périple illuminé de la semaine dernière
Scène de crime :
Notre Dame de Paris, Grande rosace … par un beau jour ensoleillé, distance relative, autour de 50m vitesse d’obturation, synchro flash: /60 ou 125, diaphragme sans doute fermé… résultat avec un peu de chance il y aura une image mais de grâce n’en tenez pas votre flash pour coupable
Faites le même raisonnement sommaire autour de la tour Eiffel ou à l’occasion d’un magnifique son lumière.
Si votre flash avait pu s’en mêler au bout de ses 10m de portée hypothétique il aurait dévoré les effets de lumière ne laissant apparaître qu’une image plate aussi illusoire que sans intérêt.
Donc
Lumière sur lumière, Galère
Il faudra bien trouver d’autres solutions!
20 – Hors champ
Pas vu, pas pris! Pas si sûr!
Ca pourrait bien aussi avoir comme un air de comptine…
Lorsque le sujet évoqué est fort, il se trouve parfois que l’on ne nous donne qu’une partie significative à voir, mais le choix effectué soit qu’il soit partiel, soit qu’il soit symbolique, suggère une autre dimension à l’événement, peut-être que plus simplement par le jeu du dynamisme des lignes voire d’un regard ce qui est hors cadre est fortement présent dans notre imaginaire, évocation qui peut parfois confiner au fantasme mais pourquoi pas ?
Attention toutefois au détournement des intentions de l’auteur seulement lorsque un dynamisme interne me conduit ailleurs quoique…
« Ça me fait penser à … » ne tient pas la route
21 « Je pense avec mes yeux »
Lanza del Vasto
Une brève réflexion à ruminer longtemps.
Si nos images précieuses sont faites pour donner à voir il se pourrait qu’elle se trouve au carrefour de nos échanges.
Si nous donnons à voir telle ou telle chose c’est que consciemment ou non nous avons une émotion, une pensée à partager. Est-ce bien sûr?
Si l’acuité de nos regards devenait au fil de nos images capable de construire voire reconstruire …
22 – Objectif !
Le mot est piégé comme un miroir aux alouettes.
Objectif comme le but à atteindre, c’est presque ça et qui n’en rêve pas du coin de l’oeil?
Objectif, comme le beau « caillou » apanage de votre boîte à image.
Effectivement c’est bien là le seul vrai objectif dans notre affaire.
Objectivité, voilà le fantasme caché.
D’ailleurs Robert Doisneau règle joliment le problème: « Les photographies ne sont jamais des témoignages objectifs. Avec le temps, elles se chargent du pouvoir évocateur des petites fleurs séchées que l’on retrouve entre les pages d’un livre. »
Extrait de : A l’imparfait de l’objectif, Robert Doisneau, édition Actes Sud, 1995.
23 – La curiosité, une qualité!
Pour le photographe, contrairement à l’adage, la curiosité n’est pas un vilain défaut.
C’est même une obligation fonctionnelle.
Comment faire voir si soit même on n’a pas pris le soin de voir et par le détail.
Robert Doisneau le souligne d’un clin d’œil malicieux : « Quand j’ai sauté en marche dans la photographie, elle était en bois.
Aujourd’hui, la voici devenue quasiment électronique. Je reste le nez à la portière avec la même curiosité que le premier jour.
Cette curiosité animale est le moteur. Celui qui en est dépourvu pourra toujours consulter des livres et des livres, bourrer sa mémoire, il ne promènera ensuite sur le monde que l’œil d’un veau gonflé aux hormones.»
Dans : à l’imparfait de l’objectif, Actes sud.
24 : 1+1=3!
La mathématique dût-elle en souffrir c’est là une règle essentielle dans la communication visuelle.
Nous entendons répéter à l’envie que l’image est polysémique, que la vision de chacun s’ajuste aux outils dont il dispose pour la percevoir : histoire personnelle, connaissances, sensibilité, environnement …
Il est pourtant essentiel d’en maîtriser le sens. Il reste que cette polysémie n’est pas forcément n’importe quoi mais se présente plutôt comme un carrefour où il faudra exercer un choix.
L’outil le plus efficace qu’il convient de bien prendre en main dans ce but c’est : la séquence et celle-ci naît dans une série d’images.
Nous en avons fait une merveilleuse expérience ce samedi 14 mai dernier dans les Rencontres séries auteur où a brillé l’ami Denis dans une série d’images que vous découvrirez un jour prochain.
La séquence… il faudra y revenir.
25 : Photographe ou ethnologue ?
Une brève réflexion de Robert Doisneau dans « à l’imparfait de l’objectif »
Les images ne sont jamais précises, mais diffuses. Le choix d’un certain angle, l’attente du moment où ce monde apparaît pitoyable et tendre enlèvent à mes clins d’oeil toute valeur objective.
Le bon fonctionnement de cette trinité est un brevet de longévité. La fonction qui me paraît la plus importante, et de loin, est celle que ce toubib à l’ancienne a classée dans la rubrique Joujou.
Nulle part ailleurs je n’aurais eu le privilège de rencontrer tant d’individus différents que dans cette cour de récréation où j’ai joué au photographe ambulant.
Dites-moi quelle autre profession m’aurait permis d’entrer dans la cage aux lions.
27 : « Le doigt montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. »
L’air est connu! L’image fonctionne sur le mode des flagrants délits.
Lorsqu’une image se présente, un élément, voire une impression s’impose immédiatement.
Le piège est de s’y complaire au prétexte que ça plaît bien, que c’est beau, que ça fait chaud…
Un regard avisé élargira le champ de la vision pour glisser ailleurs et cheminer avec l’auteur pour en découvrir le sens, le message, faire naître une émotion ancrée dans une vision.
Si d’aventure l’auteur n’avait rien à dire il est urgent de le faire savoir, voire de se taire.
28 : Une série ?
Ce n’est pas là une marque déposée, il s’agit bien d’une suite d’images mais dans une pratique sobre et cohérente.
La série s’inscrit en contre à la logorrhée photographique ambiante où sous prétexte de ne pas perdre la bonne image on les multiplie à l’envie jusqu’à plus soif!
Une série de cinq images permet de construire un propos efficace mais pas pour autant facile à mettre en oeuvre.
Une série peut tout autant décrire que raconter voire les deux à la fois. Il y a un début et une fin. Le plus souvent la chute est peu aisée.
La force de la série au service de son propos se situe dans sa cohérence autant formelle que logique. On peut toujours s’inventer ses propres règles au risque du n’importe quoi…
30 « Miroir,, mon beau miroir ! »
L’air est bien connu et il n’est point que vous mesdames… à le fredonner.
Quoiqu’on s’en défende parfois vigoureusement le photographe inscrit dans le cadre une image, reflet de lui-même, projection involontaire de son monde intérieur, de sa manière d’être, cheminement secret, voire confidentiel.
Tandis qu’au Revers du même miroir naît la peur du prédateur : en prenant mon image on me vole mon âme! La réflexion est loin d’être le seul apanage des sociétés primitives…
On ne crée jamais aussi bien des images que lorsque une communion des esprits s’établi pour leur donner force et bigueur. C’est vrai des personnes bien sûr mais plus subtile, plus insaisissable lorsque le regard se porte sur la faune et la flore même microscopique.
Il n’est pas d’image « neutre » sans tenant et aboutissant.
31 – Droit d’auteur!
Comme un vent d’air chaud se lève et réveille les neurones assoupis: « vous avez dit : droit d’auteur? »
Effectivement un livre a deux auteurs : celui qui l’écrit et celui qui le lit… « Ah bon? » les deux protagonistes sont liés, à la vie, à la mort! mais et nos images?
Le photographe, créateur premier et le regardeur créateur imaginaire. La où le bât blesse c’est que le premier est monnayable dans un sens et le second aussi souvent dans l’autre, pour pouvoir exercer le droit de regarder.
Finalement merci aux regardeurs qui font vivre nos images à condition d’ouvrir tout grand nos fenêtres.
32 – POUR VOIR
L’air est connu et on frise le rabâchage à dire une fois encore que nos images : photographies, peintures, aquarelles, gravures, et dessins en tous genres ont un trait commun, ça ne demande qu’à être vu…
Les présenter à ses amis est le début de l’ouverture.
Bien sûr on peut se complaire dans l’intime mais on se prive d’un bonheur immense, celui du partage et de la rencontre avec les autres et au grand vent de l’ouverture au « tout-venant » c’est fort, tonique, enrichissant si l’on sait écouter et discerner au-delà des complaisances.
Risquer ses images aux regards inconnus, un défi téméraire … au risque de plaire!
Un point, c’est tout ?
Non c’est pas tout!
Espace 19 se voudrait un lieu d’ouverture, de rencontre en conjuguant les cinq temps :
* Découvrir, c’est le regard qui s’ouvre , qui permet la découverte d’une expression visuelle,
* Apprendre, alors vient le temps des questionnements. Comment fait-on? C’est le temps de l’acquisition des savvoirs, des savoirs-faire…
* créer, c’est le passage à l’acte , le geste qui concrétise le regard, qui fait émerger quelque chose venu de l’intérieur , c’est toujours compromettant!
* montrer, une image, quelque soit sa nature, si elle ne se donne pas à voir ne vit pas, voire même n’existe pas.
* rencontrer, c’est peut-être le moment le plus riche , le temps où les regards se croisent , le temps où les imaginaires s’enrichissent histoires passionnantes avec ou sans paroles.
34 – Légitime!
Dans ses reportages Raymond Depardon pose souvent la question de la légitimité…, notamment autour de la justice…
Tout un chacun peut-il s’exprimer d’une manière ou d’une autre, pour nous, au moyen d’images, sur tout sujet.
Les problèmes s’atténuent dès que l’on sait très précisément qui s’exprime et mieux encore quelles sont ses intentions.
Les règles simples du respect des personnes étant bien prises en compte tout va se nouer dans la qualité du document, sa pertinence. Il n’y a pas de sujets réservés pas plus que de secrets…
Ecarter un regard, un questionnement même judicieux peut fort bien masquer un enjeu de pouvoir…
Certains sujets sont chauds, on peut s’y brûler les doigts. Là aussi se trouve le piments de l’existence.
35. Pffuittt!
A l’instant je viens d’entendre quelqu’un affirmer sereinement : Toutes les images disparaîtront…
Ca fait bien sûr réagir quand nous tenons farouchement à nos précieuses icônes.
Ca fait un peu réfléchir et relativiser nos agitations médiatico-numériques…
Assurément les supports depuis toujours ont une durée de vie aléatoire dépendante de tant de facteurs.
Mais alors que physiquement l’image perdure peut-on encore dire qu’elle existe quand on retrouve certaines images dans une brocante sans aucune référence… certes le regardeur peut retenir la réalité visuelle par le jeu illusoire des mots mais l’image existe t-elle vraiment encore?
Il n’y a pas si longtemps alors qu’on me demandait de choisir une de mes images les mots n’ont pas suffit. Pour moi qui ne voit plus ces images n’existent plus même pour les autres… dure réalité du temps qui passe dans les accrocs des jours.
Nos images ont-elle vraiment une vie après la vie?
36. L’image
Une image ne vit que lorsque
Hors du temps
Hors des modes
Elle devient
RENCONTRE
Rencontre des regards
Regard créateur
Regard contemplatif
Alors seulement les imaginaires se croisent
Dans un éblouissement partagé.
38. Équivoque ?
Voilà que se pose le véritable statut de l’image quelque part entre réel et magie.
« Une question peut-être moins anodines qu’il n’y paraît qui remuent en nous de très anciens vertiges. Spectre, reflet, double ou sosie continuent d’entretenir, non plus la terreur, mais un tenace halo d’équivoque. Comme si l’incertain statut de l’image n’en finissait ×pas de faire vaciller nos plus hautes certitudes.
Certes, fébriles, nous préférons l’aspirine à la vue d’une marine.
Nos images saintes ne saignent plus ni ne pleurent. Si nous leur parlons encore à mi-voix, seuls, dans la pénombre, c’est par mégarde. Nous ne croyons plus vraiment que la statue de sainte Geneviève protège Paris et que la Majesté de Conques guérisse de la lèpre et des hémorroïdes. Nous ne voilons plus les miroirs quand il y a un mort à la maison, de peur de partir avec lui, comme jadis à la campagne, et planter des épingles dans la photo de mon ennemi n’est plus une façon utile de tuer le temps.
Sauf pour les illuminés…
Mais est-ce si sûr?
D’après Régis Debray, Vie et mort de l’image
39 – Créer des liens…
Lorsque l’on juxtapose deux images voire davantage des liens s’établissent par la force des choses et tout simplement par leur proximité.
Si on veut maîtriser cette relation il sera nécessaire de prendre appui d’abord sur les éléments formels : continuité ou opposition des lignes, des couleurs, de la lumière…
Un autre lien fort relie les images c’est le traitement du temps, flagrant ou diffus, voire même désordonné…
Il engendre un pouvoir narratif des images incomparable.
Il faudrait ne pas oublier le rapport à l’espace mais c’est une autre histoire à suivre bientôt…
40 – « Espace »
Dans une série d’images le rapport à l’espace que l’on donne à voir va participer au récit, construire l’ambiance voire même amplifier l’émotion, mais son effet ne sera effectif que dans une variation judicieuse.
Après une succession de plans moyens ou rapprochés un gros plan va créer une insistance sur le sujet.
A l’inverse un élargissement de l’angle de champ va conduire à une généralisation du propos visuel avec le risque de se perdre dans les grands espaces…
Il est aussi possible de tenir rigoureusement le même type de plans ce qui conduit à une cohérence forte mais attention à l’endormissement.
Il faudra alors s’ingénier à animer la séquence en jouant fortement sur les autres éléments formels.
41 – « Des images et des sons pour raconter, découvrir, gémir, rire, hurler de rire … »
Bienvenue au 18ème Festival des images et des sons tous les détails sur : wwwpondi-av.com
Au fil d’une séquence d’images une idée naît soulignée de quelques paroles tandis que un brin de musique amplifie l’émotion du moment. La recette n’a plus beaucoup de secret sinon le talent de l’auteur et la perle géniale qu’il aura ciselée dans l’idée initiale. Pour la 18ème fois à l’invitation de la Ville de Pontivy nous recevrons cette gerbe cueillie aux quatre coins de l’imaginaire inépuisable de tous ces inventeurs de rêve jamais bien loin de nos réalités.
Une brassée d’une bonne cinquantaine de courts métrages photographiques enchantera une fois encore notre rencontre automnale.
Bienvenue à vous pour une audacieuse aventure pleine d’images et de sons.
42 – « Le mystère de la chambre claire »
« La photographie n’existe pas seulement sous la forme d’images rangées dans les albums familiaux ou présentées dans les expositions. Elle est d’abord une pratique qui se passe d’images : certaines photographies familiales ne sont jamais développées et la plupart sont à peine regardées plus d’une fois !… Regarder à travers un viseur, appuyer sur le bouton, développer une image, la découvrir, la commenter sont autant de façons de nous approprier nos diverses expériences du monde.
Sur ce chemin, Serge Tisseron est conduit à remettre en cause quelques lieux communs qui, depuis Roland Barthes, sont souvent repris en consensus… Non, la photographie n’est pas seulement nostalgie du passé. Elle est toujours partagée entre deux désirs opposés et complémentaires : l’un vise à arrêter le défilement du temps et à figer la représentation, l’autre anticipe et accompagne le mouvement du monde. Le premier est mélancolie, le second est bonheur. »
Serge Tisseron, interroge nos pratiques dans son ouvrage: Le mystère de la chambre claire.
Albin Michel
43 – Mon meilleur zoom c’est mes godasses
Au temps des hyperboles… hypermarchés, hyper-focale…
il pourrait bien paraître sage de se souvenir de cette boutade d’un vieux maître es-optique!
La crise n’a pas fait tant de ravage du côté de la quincaillerie photographique…
Il est urgent de se souvenir que le rapport au sujet se traite dans une proximité qui permet d’approfondir la véritable relation., qui donne tout son poids à l’image.
Cadrer « serré » c’est d’abord se rapprocher, aller au contact. Toute la photographie ne se réduit pas en photographie animalière ou astronomique.
44 – Photographier au quotidien
Et si nos meilleures photos ne se faisaient pas à l’autre bout du monde ou dans un studio, mais chez nous, dans l’authenticité du quotidien? Proches, inconnus, décors naturels ou urbains, scènes de vie, objets sont autant d’opportunités pour pratiquer la photographie. Cet ouvrage aborde, dans leur diversité, les situations de prise de vue auxquelles nous sommes quotidiennement confronté; celles qui nous donnent déjà du fil à retordre comme celles que nous n’avions jamais envisagées ! Développer notre créativité sur des sujets simples et mieux réussir nos images de tous les jours… Voici le programme que propose Anne-Laure Jacquart. Conseils accessibles et ciblés, diagrammes de composition, pas à pas et exercices pratiques mettent la photographie à votre portée.
Anne-Laure Jacquart est photographe et formatrice photo. Par l’intermédiaire d’articles, d’ouvrages et de formations, elle invite les photographes amateurs à affiner leur regard, leur sens de la composition et leur créativité, et les engage à considérer la technique comme un simple outil permettant d’arriver à leurs fins expressives. Elle est l’auteur de « Composez, réglez, déclenchez ! La photo pas à pas». Retrouvez ses images et articles sur www.annelaurejacquart.com <http://www.annelaurejacquart.com>.
Une rencontre indispensable, incontournable…que nous soyions débutant que l’angoisse de la page blanche tétanise… que nous soyions expérimentés que la pesanteur de nos certitudes aveugle…
